Les Défis du Monde contemporain :Les grandes questions d’aujourd’hui (1)

La liberté individuelle : une notion de gauche ?

Ces dernières décennies, l’idéal de liberté a été associé à une approche du libéralisme qui englobe non seulement ses dimensions politique et philosophique mais aussi ses aspects économiques, engendrant de la sorte un amalgame entre défense de la liberté et conception néolibérale ou conservatrice sur le plan économique. Il est pourtant à la fois possible et souhaitable de promouvoir une approche de la liberté qui soit tant progressiste que mobilisatrice. La perspective défendue ici met explicitement la liberté au cœur de son projet. L’objectif des progressistes devrait en effet être de supprimer ou, du moins, de réduire substantiellement les différentes formes de domination afin de faire en sorte que chacun puisse être dans les conditions de définir et de réaliser sa propre « conception de la vie bonne ». Pareil idéal impose de s’attaquer à ce qui, dans la société actuelle, nous en écarte. Les rapports de domination entravant cette liberté sont avant tout économiques et la liberté requiert dès lors une diminution drastique des inégalités sociales. Mais ils sont aussi politiques, puisque les citoyens n’ont pas de pouvoir politique effectif direct ou indirect. Ils sont aussi culturels, se traduisant par le fait que les individus appartenant à des minorités subissent d’importantes discriminations et ne jouissent pas de la même liberté d’exprimer leur identité. Enfin, la domination peut aussi découler de l’orientation sexuelle et du genre, les homosexuels et les femmes subissant encore d’importantes discriminations et inégalités. Par conséquent, une idéologie progressiste devrait avoir pour horizon une société dans laquelle les individus ne seraient plus dominés dans ces différents domaines. Par son ancrage dans l’intérêt de chacun, un tel projet aurait le potentiel de mobiliser une majorité des citoyens et, dès lors, de favoriser un changement social d’ampleur. La conférencière présentera le principe de liberté en l’illustrant par des exemples concrets et par certaines expériences personnelles tout particulièrement influencées par un vécu de femme.

Sophie Heine est chercheure à l’Université Libre de Bruxelles (CEVIPOL) et à l’Université d’Oxford où elle est « Senior Research Associate » de Balliol College et « Guest Member » de Saint Anthony’s College. Combinant l’analyse des idées et la théorie politique prescriptive, elle a publié plusieurs articles et ouvrages sur des sujets aussi variés que les résistances à l’Union européennes, les rapports entre identité et politique, les idéologies de gauche, le mouvement altermondialiste et la diversité culturelle. Outre ses nombreux articles académiques ou dans des revues d’opinion, elle est l’auteure de : Une gauche contre l’Europe ? Les critiques radicales et altermondialistes contre l’Union Européenne en France (Presses de l’Université de Bruxelles, 2009), Eurosceptic or Eurocritical ? Oppositions to the European Union in the French and German Left, (LAP Publishing, Saarbrücken, 2010) et de Oser penser à gauche. Pour un réformisme radical (Aden Bruxelles, 2010). Elle publiera à l’automne prochain un livre défendant de manière appliquée sa conception de la liberté (Oser la liberté. L’individu comme objectif, le politique comme moyen, à paraître chez Lattes).