Pour une approche intégrée des violences domestiques : redéfinir la différence pour sortir de la domination »

Les violences domestiques continuent à affecter un trop grand nombre de femmes, en Belgique comme dans le reste de l’Europe. Même si ces actes sont aujourd’hui condamnés par la loi et font l’objet de campagnes de prévention et de sensibilisation de plus en plus importantes, leur appréhension continue à être beaucoup trop partielle et segmentée. Plus spécifiquement ce phénomène tend à être saisi avant tout sous l’angle juridique et psychologique. Or, si elle est nécessaire, cette approche devrait être complétée par d’autres dimensions. Ainsi, les liens existant entre les nouvelles formes de violence dans le couple et les stéréotypes de genre montrent que l’on ne peut isoler le phénomène de la violence domestique des rapports de domination plus larges entre les sexes. Comprendre ce phénomène requiert donc d’ajouter une dimension sociologique aux perspectives juridiques et psychologiques. Cette diversification de l’approche devrait également rejaillir sur le type de solutions proposées. Plus largement, il serait fructueux pour appréhender cette forme spécifique d’injustices faites aux femmes de dépasser le clivage prééminent entre les « constructivistes » et les « différentialistes ». Il s’agirait ainsi de tracer une voie médiane entre ces deux approches qui mettrait en évidence la façon dont les stéréotypes de genre reflérent certains rapports de domination tout en laissant ouverte la question de savoir dans quelle mesure ces clichés reposent en partie sur une base naturelle ou relèvent exclusivement de la construction sociale. In fine, l’objectif devrait être de construire une approche de la différence entre les sexes qui soit souple, positive et libératrice. Un tel « différentialisme émancipateur » pourrait être particulièrement utile pour parvenir à éradiquer le fléau de la violence domestique, ainsi que pour penser des solutions aux autres injustices affectant spécifiquement les femmes.

Sophie Heine est politologue au European Studies Centre de l’Université d’Oxford et au Centre de Théorie Politique de l’Université Libre de Bruxelles.